Extrait de Etudes historique et archéologiques par Mr Clément COSTE 1866

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COULOBRES.

Le nom de Coulobres paraît dériver du mot latin Coluber (couleuvre). Le grand coteau, sur lequel il est bâti, domine les vallons dés deux rivières de Tongue et de Lène, et les grands bois les vastes pâturages dont il fut autrefois couvert ont pu servir de refuge à ces reptiles.Ce fait est difficile à prouver et nous contentons de signaler un rapprochement d’orthographe et une probabilité de sens.

On concevra sans peine que nous n’ayons que bien peu de chose à dire sur la commune de Coulobres, car ce petit village, qui compte à peine de nos jours 130 ou 140 habitants, paraît n’avoir jamais été plus considérable qu’il n’est . Son existence remonte néanmoins au-delà du x1e siècle, car les premiers dons qui furent faits au prieuré de Cassan, immédiatement après sa fondation, furent l’église et la dîme de Coulobres; données par Ermengaud, seigneur de Pouzolles.

La communauté du lieu n’était gouvernée que par deux consuls; vu même le petit nombre des habitants, un des consuls de l’année précédente devait tous les ans être réélu, de sorte qu’il n’y avait toujours qu’un consul sortant. Et même, en 1631, un consul appelé Anthoine Gauthier, qui avait été élu l’année précédente, se trouvait seul à la tête de la commune «faute de- consuls modernes ». Les habitants nommaient, outre les deux consuls, un « collecteur des tailles chargé de l’exaction et levée des deniers royaux et autres ordinaires et extraordinaires » ; ils avaient de plus à leur disposition un notaire royal résidant parmi eux.

Dans un pacte du 1er février 1664 témoin Pierre Casabian, « régent aux écoles de Coulobres ». Cette pluralité des écoles semblerait nous indiquer que le village possédait une école de fille et une école de garçons : c’était autant ou plus qu’il n’a aujourd.hui.

Les guerres de religion ne laissèrent pas que de troubler les habitants peu nombreux de ce petit village sans défense. En 1619, Paul et Jean Bouttes, de Coulobres, trouvèrent dans une étable une petite cloche brisée du poids de un quintal 29 livres qui y avait été cachée lors du passage des religionnaires à la fin du siècle précèdent. De plus, les troubles qui éclatèrent vers 1621 et se traduisirent dans les environ de Coulobres par la prise de Gabian par les troupes protestantes, jetèrent de nouveau la désolation parmi ses habitants.

Les troupes royales elles-mêmes envoyées pour réprimer la rébellion religionnaires, causèrent des dommages et des dépenses considérables aux communes. Chacune d’elles dut, en effet, fournir logement et nourriture aux soldats, aux cavaliers et aux chevaux qui la traversaient. Le remboursement de ces frais fut souvent promis mais mal effectué; car, en 1628, les consuls Gauthier et Bouttes réclamaient encore le paiement des frais occasionnés par le passage de quatre compagnies de gendarmerie.
La peste vint à son tour ravager la commune. Ainsi que la plupart des habitants des villages voisins, ceux de Coulobres durent aller chercher un asile au milieu des champs. En 1631, une grande partie d’entre eux « huttaient » encore en plate campagne, et dans l’assemblée des habitants, de cette année, les consuls Etienne Lafon et Henry Mathieu déclarèrent une dette de 100 livres, contractée par eux pour fourniture de médicaments chez Pierre Solamed, maitre apothicaire, de Servian. Cette somme qui équivaut à 12 ou 1500 cents francs de nos jours, prouve surabondamment que les pestiférés de cette toute petite commune ne furent pas abandonnés.

La seigneurie de Coulobres que nous avons vue au XI siècle, entre les mains d’Ermengaud, seigneur de Pouzolles, appartenait pendant le XVI et XVII siècle à une famille de Cassan. Nous trouvons, en effet, ce nom accompagné du titre de sieur de Coulobres dans des actes insignifiants de 1591, 1601, 1619, etc. Quant au château de Coulobres, dont il est question dans un acte de 1591, daté de son enceinte, il a été détruit ou remanié de façon à n’être plus reconnaissable.

L’église paroissiale, placée autrefois sous le vocable de St-Félix, dépendait du prieuré de Cassan qui pourvoyait, par un vicaire perpétuel, au service paroissial et en recueillait les dîmes.
Cette église inachevée appartient à deux époques bien distinctes. Les murs qui supportent la voûte datent de la période romane, ainsi que le prouvent les colonnettes aux chapiteaux romans engagées autour du chœur et de la nef; et deux têtes plates sculptées de chaque côté du chœur, en guise de cul-de-lampe. Les jolies voûtes gothiques aux nervures vivement prononcées qui couvrent le chœur, les chapelles latérales et la nef ne remontent pas au-delà du XV ou XVI siècle; elles ont été élevées sur les murs d’une ancienne chapelle romane.

On peut au reste remarquer extérieurement la partie des murs qui fut exhaussée en moellon pour supporter les toits de ces nouvelles voûtes et la comparer avec la partie la plus ancienne dont les gros contreforts en pierre de taille de moyen appareil portent clairement la date du X ou XI siècle. Le modeste portail de l’église s’ouvre sur une petite place fermée par un arceau semi-circulaire. Le village devait considérer cette place comme un retranchement, car une vaste citerne forte anciennement creusée, s’ouvre sur un de ses côtés, offrant aux habitants une grande abondance d’eau, pendant même les longues sécheresses.

Au nord de Coulobres s’élève une haute colline connue sous le nom de << Pioch de Coulobres », du sommet de laquelle l’œil embrasse un admirable horizon.
Au sud – est du village s’étend, au contraire, une petite plaine appelée l’étang de Coulobres. Le manque d’écoulement avait formé là un étang marécageux qui fut très anciennement et très. Facilement desséché sans qu’on puisse fixer une date à ce travail. Nous savons seulement, par un acte du 17 novembre 1673, relatif au nettoyage des aiguilles et fossés servant à l’écoulement des eaux de cet étang, qu’il était la propriété de l’archevêque de Narbonne.